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Armelle Choplin, Philippe Simay
Editions la Découverte, 2026

Quand les matériaux racontent le monde : un contre-catalogue pour penser autrement la construction. Et si nous apprenions à regarder autrement les matériaux qui composent nos maisons, nos villes et nos paysages ?
C’est le pari original de cet ouvrage qui détourne avec intelligence les codes du catalogue industriel et commercial pour en faire un véritable contre-catalogue politique, social et écologique. Là où les catalogues traditionnels vantent les performances techniques, le prix et la qualité des produits, les auteurs s’attachent à révéler ce que ces présentations laissent généralement dans l’ombre : les conséquences environnementales de l’extraction, les pollutions industrielles, les conditions de travail, les chaînes logistiques mondialisées et les rapports de domination qui façonnent notre environnement bâti.
L’une des grandes réussites du livre réside dans sa manière d’organiser notre compréhension des matériaux autour de trois catégories particulièrement éclairantes : les matériaux « hégémoniques », les matériaux « subalternes vassalisés » et les matériaux « subalternes récalcitrants ». Du sac de ciment au fer à béton, de la vitre en verre au panneau d’aggloméré, chaque matériau devient le révélateur d’un système économique, technique et social. À l’opposé, la brique de terre, la botte de paille, la pierre sèche ou la porte de réemploi incarnent d’autres manières de construire, davantage ancrées dans les territoires, les ressources disponibles et les savoir-faire. Cette classification, loin d’être un simple artifice éditorial, donne au livre toute sa force : les matériaux ne sont plus de simples produits, mais les acteurs d’une histoire où se jouent des choix de société.
Une approche historique, claire et bien documentée, permet de comprendre comment ces matériaux se sont imposés, comment leurs usages ont évolué et quelles logiques ont favorisé leur diffusion. Le propos est direct et engagé, mais reste accessible et pédagogique. Il n’est pas besoin d’être spécialiste du bâtiment ou des matériaux pour se laisser entraîner dans cette exploration. La lecture est agréable, le propos est vivant et les chapitres sont enrichis de références d’ouvrages et d’articles scientifiques qui permettent d’aller plus loin sans alourdir la réflexion.
La principale qualité de l’ouvrage est de rendre visible ce que notre familiarité avec les objets du quotidien nous empêche souvent de voir. Derrière un mur, une façade ou un revêtement se cachent des ressources, des territoires transformés, des savoir-faire parfois oubliés et des choix industriels dont les conséquences dépassent largement le chantier. Le livre nous invite ainsi à dépasser la seule question de la performance d’un matériau pour nous interroger sur son origine, son coût réel et sa place dans nos sociétés.
Plus qu’un catalogue sur les matériaux de construction, c’est une invitation à repenser notre manière de bâtir et, au-delà, notre rapport au monde matériel. Sans imposer de réponses toutes faites, il ouvre des perspectives et rappelle que d’autres choix sont possibles. Un livre original, stimulant et remarquablement pédagogique, qui donne envie de tourner les pages autant que de regarder autrement ce qui nous entoure. Après sa lecture, le ciment, le verre, la pierre ou la paille ne seront plus tout à fait des matériaux ordinaires. Et c’est précisément ce qui fait la réussite de ce livre.
Daniel Neuville (oct 2026)
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Alain Badiou
Flammarion, 2026

On ne pouvait espérer moment plus opportun pour voir paraître ce nouveau livre d’Alain Badiou dont le titre évoque des sujets d’actualité récente, tant par les révélations du rapport PISA 2026 (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), sur le niveau alarmant de connaissance des jeunes de 15 ans en mathématiques, que par les annonces spectaculaires des possibilités de l’Intelligence Artificielle à démontrer des théorèmes mathématiques complexes.
Sans ignorer cette actualité, c’est un tout autre point de vue que l’auteur propose dans ce livre. A la croisée des chemins entre philosophie et mathématiques, ce philosophe mathématicien montre à partir de son expérience personnelle, les bienfaits que peut procurer sinon la pratique, au moins une certaine connaissance des mathématiques sur ce qu’il appelle la ‘’vraie vie’’.
Au fil de cinq chapitres au contenu très dense, il rappelle, au gré des questions posées par son interlocuteur, l’importance qu’ont eue les mathématiques dans la pensée des philosophes de l’antiquité jusqu’à Descartes et Leibnitz. ‘’Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre’’ disait la maxime de l’École platonicienne, exigeant que les choses vraies soient démontrées afin d’être acceptées, en opposition aux idées imposées par un roi, un dictateur ou un dieu. Combinant études philosophiques et formation en mathématiques, l’auteur découvre également dans les démonstrations de théorèmes mathématiques, cette forme d’exigence dans la démarche de recherche d’une vérité.
L’auteur déplore que cette proximité entre philosophie et mathématiques aient été abandonnée par les philosophes modernes, citant à ce sujet Sartre : ‘’La science, c’est trou de balle. La morale, c’est peau de balle’’. Cette divergence entre philosophie et mathématiques compose la trame principale du livre.
Il affirme la préséance des mathématiques sur la philosophie, allant jusqu’à y voir un rapport de révérence : ‘’quelque chose dans la philosophie s’incline devant les mathématiques’’. Même certitude à propos du caractère universel des mathématiques : alors que la philosophie peine à s’affranchir des langues dans laquelle elle s’exprime, les mathématiques n’appartiennent à aucune langue ni aucune culture.
En réponse à la question ‘’de quoi parlent les mathématiques ?’’, l’auteur propose une analyse philosophique sur la nature même de la pensée mathématique. S’en dégagent deux orientations: l’une ‘’réaliste’’ selon laquelle les mathématiques sont un mode d’approche du réel, l’autre ‘’formaliste’’ concevant les mathématiques comme un simple jeu de langage, sans se prévaloir d’un rapport avec le réel. L’auteur se prononce, comme la majorité des mathématiciens, résolument pour la première orientation : en termes simples, il y a dit-il, un ‘’contenu’’ réel en toute pensée mathématique. Ce qu’il illustre par des exemples tel les nombres complexes, inventés comme un pur jeu, puis devenus un outil fondamental de l’électromagnétisme au XIXème siècle ; ou encore la théorie des coniques, étudiée dès l’Antiquité, elle ne trouve sa première application qu’au XVIIème siècle lorsque Kepler mettra en évidence la forme elliptique des orbites des planètes.
Il cite au passage Einstein qui, après Galilée, s’étonnait du fait que la physique ne saurait exister sans les mathématiques, alors qu’il découvrait la géométrie riemannienne, pièce maîtresse de la théorie de la relativité générale.
Dans les derniers chapitres l’auteur développe, en bon mathématicien, une suite remarquable de raisonnements et déductions, où s’entremêlent concepts philosophiques et théories mathématiques, pour conduire à un système visant à rétablir la valeur universelle des vérités.
Déplorant que les mathématiques soient devenues en France un moyen de sélection poussé à l’extrême, Alain Badiou reconnaît, en conclusion, la nécessité d’un enseignement qui saurait rendre les mathématiques ‘’intéressantes’’, combiné à un enseignement plus précoce de la philosophie.
Les thèses défendues par Alain Badiou seront d’un accès difficile pour les néophytes. La présentation sous forme de dialogue devrait cependant en faciliter la compréhension. Certainement un livre qui sera apprécié par les spécialistes.
Jean-Claude Richard (septembre 2026)
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Kathryn Harkup
Flammarion, 2026

L'idée originale de cet ouvrage est de réinvestir les 25 films de James Bond , en relevant les différentes scènes faisant appel à des notions scientifiques ou techniques en les analysant du point de vue d'un (ou d'une) scientifique afin d'en examiner la vraisemblance et faire la différence entre ce qui est vrai ou du ressort de l'imaginaire .
Ainsi dans chaque film, une scène particulière est isolée, permettant d'aborder une thématique qui se retrouve dans la plupart des autres films de James Bond.
Le premier chapitre consacré au Docteur No (premier film de la la saga) sert de prétexte à raconter la vie de Lancaster Fleming qui a donné naissance au personnage de James Bond. Le second chapitre intitulé " Bons Baisers de Russie et la chaussure de Rosa Klebb," aborde un point majeur des films de James Bond : les gadgets et l'innovation technologique . L'auteure analyse de façon critique, un par un, les divers gadgets tels que : la lame empoisonnée de la chaussure de Klebb, la machine cryptographique de Bons baisers de Russie ou le recycleur d'air d'Opération Tonnerre .
Le troisième chapitre est consacré aux lasers omniprésents dans les différents films et déjà en vedette dans le premier "Docteur No" dans lequel le méchant Goldfinger menace de couper en deux James Bond...etc. Sont abordés les thèmes suivants : le gaz Gamma, le repaire volcanique, le bioterrorisme, les diamants, les animaux dangereux pour l'Homme , le rôle des cascadeurs , le saut en parachute , l'explosion d'une station spatiale, l’électrocution, la bombe atomique, la relation de James Bond avec les femmes, James Bond et les moyens de transport, les drogues , l'électromagnétisme , les véhicules furtifs, les particularités physiques des héros, l'aspiration en plein vol, la résilience aux dommages physiques, les différentes manière de tuer quelqu'un, le rôle particulier du cyanure , la profession d'agent secret et les nanoparticules.
La physique, la Chimie ou la Biologie sont utilisées pour expliquer le fonctionnement ou l'impossibilité des différentes situations. Cela est fait avec une rigueur scientifique incontestable mais aussi avec beaucoup d' humour et de recul. L'auteure truffe son récit de nombreuses anecdotes sur les péripéties qui ont émaillé la fabrication des films : accidents des cascadeurs ou même des acteurs , incidents météorologiques ou difficultés matérielles pendant les tournages.
Un livre facile à lire indispensable pour tous les amateurs de James Bond qui s'interrogent sur la vraisemblance des différents moyens techniques utilisés par le héros et ses adversaires .
Serge Chambaud (2026)
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