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Abdel Aouacheria

L'auteur Abdel Aouacheria consacre les 400 pages de cet ouvrage à nous expliquer que : " la mort jusque dans la cellule ne nous parle que de vie", comme le dit, si justement, Edgar Morin dans sa préface !
Le livre commence par un récit historique de la prise en compte du concept scientifique de mort cellulaire ou apoptose (terme introduit en 1972 par Kerr, Wyllie et Currie) , histoire qui commence en 1842 avec le biologiste allemand Carl Vogt et qui connaît de nombreux développement durant le 19ième et vingtième siècle , aujourd'hui de nombreux travaux de recherche de par le monde sont consacré à l'apoptose, débouchant sur de nombreuses découvertes telles que le traitement du cancer, le soin de maladies neurodégénératives, la conception de nouveaux antibiotiques etc...
Ce livre est un plaidoyer argumenté pour la thèse "métabiologique" qui considère la mort comme un phénomène "vitafère" ( servant la vie) par lequel la vie se renouvelle : l'apoptose est un allié de la vie lui permettant d'éliminer les cellules dangereuses ou inutiles, créer les conditions du renouvellement de certains tissus ou à modeler les organes.
Tout au long de cet ouvrage, l'auteur éclaire la présentation scientifique de l'articulation vie-mort par des considérations sociales , culturelles et philosophiques qui donnent à réfléchir sur cette problématique fondamentale .
La lecture de ce livre implique une vraie concentration pour tous ceux qui n'ont pas de connaissances approfondies en biologie cellulaire , mais même si certains développements scientifiques seront , peut-être , survolés , la thématique mérite largement de consacrer le temps nécessaire à la lecture de cet ouvrage .
Serge Chambaud
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Co-auteurs : Tamara Ben Ari, Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant

Ce livre est un cri d’alarme. La recherche scientifique subit actuellement des attaques qui mettent son existence en péril, principalement aux USA, et dans une moindre mesure en France. Dans sa préface, la climatologue Valérie Masson-Delmotte cite cette pensée pénétrante d’Hannah Arendt :
« Quand tout le monde vous ment en permanence, […], plus personne ne croit rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion […].Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple »
Voici pourquoi une science libre, qui a pour mission de ne pas mentir, est l’ennemi des régimes autoritaires. Les trois auteurs, Tamara Ben Ari, Olivier Berné, et Emmanuelle Perez Tisserand, sont chercheurs respectivement en environnement, en astrophysique et en histoire. Ils comparent la situation actuelle avec celle du fameux roman 1984 de George Orwell, dans lequel Big Brother acquiert le contrôle total du peuple avec quelques lignes d’action simples et éprouvées : négation de la vérité, réécriture du passé, appauvrissement du langage, le tout au nom de la liberté. Le « moment orwellien » correspond au glissement d’une démocratie vers un autoritarisme assumé. L’ouvrage se divise en trois parties intitulées : « affaiblir la science », « en finir avec la vérité », « refaire d’Orwell une fiction ».
La première partie est d’abord consacrée à la recherche française, affaiblie, selon les auteurs par l’introduction de la sélection et de la compétition. Un chapitre est aussi consacré au récent feuilleton de la loi Duplomb qualifiée de « déni de science ».
Mais la science est aussi fragilisée lorsque ses résultats sont contestés. Souvent de façon organisée avec la mise en place progressive d’un « doute ». Un processus bien analysé dans un livre américain Les marchands de doute 1 devenu une référence. L’industrie du tabac inaugure la série dans les années 60, en contestant le lien du tabac avec le cancer du poumon. Puis viennent les controverses organisées sur les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, le climat, les pesticides, les vaccins. Les ingrédients de la fabrique du doute restent les mêmes : on conteste certaines données, on amplifie des controverses marginales, on demande des études alternatives, on convainc des personnalités charismatiques parfois scientifiques de témoigner, on établit un réseau de vulgarisateurs, blogueurs, influenceurs, on organise des débats. C’est ainsi qu’une petite minorité parvient à instiller un doute dans le grand public malgré un consensus de 95% des spécialistes du sujet.
La deuxième partie du livre décrit la phase beaucoup plus radicale, qui vient de surgir aux USA avec le second mandat de D. Trump. La diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux est désormais facilitée. Toutes les recherches sur le climat sont terminées, y compris les missions spatiales de mesures et d’observations. Un rapport officiel de 140 pages est émis, qui minimise les émissions des gaz à effet de serre : il contient pas moins de « centaines d’erreurs ou de fausses informations » selon un contre-rapport écrit par 85 scientifiques. Les échanges avec l’étranger doivent désormais être documentés. Certains mots sont interdits dans les documents fédéraux. Un sentiment général domine chez les chercheurs : la peur.
Dans le domaine de la santé, le mouvement MAHA2 regroupe militants anti-vaccin et critiques de l’industrie pharmaceutique. Sans aucune preuve, le ministre R. Kennedy Jr, prétend, qu’il y a un lien entre le paracétamol et l’autisme, et doute de l’efficacité du vaccin de la rougeole. Le responsable de la supervision des vaccins, P.Marks, démissionne et accuse : « il est devenu clair que la vérité et la transparence ne sont pas désirées par le ministre, mais qu’il souhaite au contraire une confirmation servile de ses fausses informations et mensonges ». La Directrice du Centre du contrôle des maladies (CDC) 3 allègue avoir été congédiée pour « avoir tenu la ligne de l’intégrité scientifique ».
Ces mesures et positions anti-scientifiques n’arrivent pas par hasard. Il existe aux USA nombre de mouvements idéologiques « libertariens » qui veulent réduire le rôle de l’état à presque zéro, casser le système universitaire (qui fait pourtant l’admiration du monde entier !), et réécrire l’histoire. Des programmes sont élaborés dans des think tanks, des congrès, des instituts de formation et un réseau mondial (Atlas) qui a ses relais en France. J.D.Vance est issu de cette mouvance et annonce : « Les universités sont l’ennemi » (2021) Un exemple : Le mouvement Dark Enlightment (Lumières sombres, en réaction aux valeurs des Lumières) est explicitement antidémocratique, inégalitaire, obscurantiste, et prône la suppression totales des universités.
Dans la troisième partie du livre, les auteurs sonnent le signal de la révolte, et du refus d’une neutralité de façade. Quelques actions sont en cours en France: bâtir un système numérique pour la sauvegarde des données climatiques en péril; construire des réseaux de solidarité, comme le mouvement Stand Up for science que les auteurs ont contribué à former. Mais c’est sur le plan politique que les actions seront les plus efficaces, et permettront de « refaire d’Orwell une fiction ». Paradoxalement, les auteurs souhaitent ne pas faire valoir les bienfaits de la science pour la défendre. Par ailleurs, ils reconnaissent (timidement) « une forme de supériorité des connaissances scientifiques » mais affirment plus loin que les scientifiques ne sont pas les « dépositaires d’une vérité supérieure ». Une ambiguïté amplifiée par leur référence au philosophe Bruno Latour, chantre du relativisme scientifique. Ce discours timoré parait peu compatible avec une défense fière et forte de la science, au niveau politique. Enfin, on peut regretter que nos voisins européens soient totalement absents de cette étude.
Malgré ces quelques réserves, cet ouvrage est d’un grand intérêt. Il est factuel, précis et bien documenté. Il est important pour quiconque veut comprendre les menaces qui pèsent sur la science, et par ricochet sur la démocratie.
Pierre Potier
1. The Merchants of Doubt Naomi Oreskes et Erik Conway Bloomsbury Press 2010; traduit en français par J.Treiner, Les Marchands de doute, Ed. Le Pommier 2012
2. MAHA : Make America Healthy Again
3. CDC: Center for Disease Control
(Antoine Balzeau et Tiphaine Derrey)
(Belin, 20 €)

Étudier le cerveau des humains préhistoriques alors que celui-ci ne se fossilise pas : un défi qui semble impossible. C’est pourtant celui qu’ont tenté de relever Antoine Balzeau et son équipe avec le projet PaleoBRAIN, une aventure relatée dans cet ouvrage illustré par Tiphaine Derrey. Le chercheur revient sur les coulisses du projet, une aventure scientifique visant à comprendre les empreintes laissées par le cerveau sur la surface interne du crâne pour reconstituer les cerveaux des humains disparus.
« Ressuscitons et faisons parler le cerveau des humains préhistoriques » : tel est l’objectif ambitieux du projet PaleoBRAIN, coordonné par Antoine Balzeau, et dont ce livre raconte le déroulement. Paléoanthropologue au CNRS et au MNHN, spécialiste de l’étude de la structure de crânes fossiles par des techniques d’imagerie, l’auteur dédie plus particulièrement ses recherches à l’endocrâne, un ensemble d’empreintes laissées sur la surface interne du crâne par les reliefs et les dépressions du cerveau. L’originalité de PaleoBRAIN repose sur son approche : pour mieux interpréter les endocrânes fossiles, il faut d’abord comprendre leur lien avec la morphologie et le fonctionnement du cerveau à partir de sujets vivants.
Très engagé dans la médiation scientifique, Antoine Balzeau n’en est pas à son coup d’essai et aime varier les formats : il est déjà à l’origine d’une BD et d’un livre jeunesse sur l’Homme de Néandertal, ou encore d’un escape game autour du fossile de l’humain de Florès. Dans ce dernier ouvrage, il livre une description particulièrement précise du quotidien d’un chercheur et du déroulement d’un projet scientifique, de sa conception à l’interprétation des premiers résultats, sans omettre les écueils les plus concrets, comme les difficultés de financements ou les obstacles techniques. Cette immersion doit beaucoup aux illustrations variées de Tiphaine Derrey : on découvre ainsi le vaste bureau de l’auteur au Musée de l’Homme et sa vue imprenable sur la tour Eiffel ; on y observe les chercheurs et chercheuses face à leurs instruments, du microtomographe au logiciel Brain Visa ; on y rencontre les 75 participants volontaires du projet, engoncés dans le tube exigu de l’IRM, ou en prise avec les tests ludiques conçus par l’équipe pour étudier le lien entre endocrâne et latéralité.
L’auteur relate les principaux enseignements du projet concernant les spécificités anatomiques des cerveaux de différents hominines, mais se montre plus avare sur le sujet du fonctionnement du cerveau des humains préhistoriques. C’est justement l’objet de la suite du projet, qui a obtenu un financement pour quatre années supplémentaires à compter de mars 2026. De quoi espérer un deuxième tome en 2030 !
Par Louis Mc Dougall

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